Menée par le Fonds de Recherche du Québec, une analyse de nombreuses études sur la personnalité conclut qu'à certains égards, les personnes obèses peuvent avoir un comportement semblable à celui des toxicomanes.

Menée par le Fonds de Recherche du Québec, une analyse de nombreuses études sur la personnalité conclut qu’à certains égards, les personnes obèses peuvent avoir un comportement semblable à celui des toxicomanes. Les chercheurs reconnaissent toutefois que l’obésité est un problème complexe et que le modèle de la dépendance n’explique pas tout.

Face à l’épidémie d’obésité et aux nombreuses études réalisées pour mieux appréhender l’obésité, une équipe de recherche du Neuro (Institut et hôpital neurologiques de Montréal), dirigée par le Dr Alain Dagher, a évalué les ressemblances et les différences entre l’obésité, les dépendances et les troubles psychiatriques.
Bien que la perte de contrôle associée à la nourriture chez certaines personnes obèses amène certains chercheurs à y voir un type de dépendance, d’autres rappellent que l’alimentation est un besoin fondamental et que la nourriture ne contient pas de substances addictives comme la nicotine et la caféine.



Les cinq grands traits de la personnalité

Uku Vainik, un ancien boursier postdoctorant au laboratoire du Dr Dagher qui travaille à l’Université de Tartu, en Estonie, et premier auteur de l’étude, a examiné d’autres enquêtes sur le lien entre l’obésité, la dépendance et les traits de personnalité.
Le test de personnalité le plus utilisé, l’inventaire NEO PI, évalue trente facettes de la pensée, des émotions et des comportements, comme l’assertivité, l’altruisme et l’impulsivité. Les participants obtiennent un score pour les cinq grands traits de la personnalité (Big Five) : ouverture, caractère consciencieux, extraversion, agréabilité et névrosisme. Les chercheurs ont utilisé ce test pour dresser des profils de l’obésité et de la dépendance en reliant les scores obtenus au poids et aux comportements addictifs.


Comprendre le profil comportemental associé à l’obésité

En comparant ces profils entre eux et en compilant les données de 18 611 participants, les chercheurs ont découvert que toutes les dépendances étaient associées à des profils de personnalité semblables, ce qui semble indiquer un fort recoupement des comportements. La dépendance et l’alimentation compulsive étaient également associées à des profils comportementaux similaires ; toutefois, le lien entre l’obésité et la dépendance était considérablement plus ténu. Les scientifiques ont été surpris de découvrir que les profils de personnes obèses avaient également des points communs avec ceux de personnes atteintes de troubles de l’humeur et de certains troubles de personnalité. « Notre étude semble indiquer que les traitements pour l’obésité gagneraient à s’inspirer des approches de traitement des dépendances visant à améliorer l’autorégulation, conclut le Dr Dagher. Toutefois, ils ne devraient pas être axés sur la gestion de la recherche de sensations fortes, parce que ce n’est pas vraiment un problème pour les personnes souffrant d’obésité. Nos données montrent qu’il existe des similarités limitées entre l’obésité et la dépendance qu’on peut utiliser thérapeutiquement, mais qu’il faudra chercher ailleurs pour vraiment comprendre le profil comportemental associé à l’obésité.« 

Cette étude, publiée le 28 octobre 2019 dans la revue Nature Human Behaviour, a été financée par le Fonds de Recherche du Québec, les Instituts de recherche en santé du Canada et l’Estonian Research Council.

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