Aujourd'hui, Vaimalama Chaves, miss France 2019 tient sa revanche. Elle raconte son parcours à la LCO. Et ça décoiffe !

Sacrée Miss France le 15 décembre dernier à Lille, Vaimalama Chaves, 24 ans, 1,78 m, 69 kilos, n’a pas toujours connu la gloire et la médiatisation.

Jeune fille, elle a vécu l’isolement en raison de son apparence. Aujourd’hui, celle qui est titulaire d’une licence de droit éco-gestion et d’un master de management, tient sa revanche. Elle raconte son parcours à la LCO. Et ça décoiffe !


Vous êtes Miss France après avoir été Miss Tahiti. Comment vivez votre arrivée dans l’univers des Miss ?

J’adore. Je m’épanouis chaque jour dans ma nouvelle fonction. Mon métier est de faire sourire les gens. Ca me suffit largement. Et je profite de mon statut, qui est très important et reconnu par beaucoup de monde, pour essayer de véhiculer des messages qui me tiennent à cœur et des valeurs qui me sont chères.



Vous avez connu des problèmes de surpoids. En avez-vous souffert ?

J’ai beaucoup plus souffert de l’image que je renvoyais que de mes soucis de surpoids. J’étais quelqu’un de très négligée. Je ne faisais pas attention à mon apparence. J’ai été victime de cette discrimination liée aux marques vestimentaires que l’on devait arborer à l’époque. Comme cela fait partie des critères sociaux pour être intégré à un groupe, j’étais souvent seule. Je me réfugiais à la bibliothèque parce que je n’aimais pas cette pression qui était exercée sur moi.



Vous dites que vous avez pesé jusqu’à 84 kilos. Avez-vous toujours eu une propension à être ronde ?

C’est vrai, j’ai atteint 84 kilos. Aujourd’hui je pèse 69 kilos. Si j’ai une propension, je l’ignore… Je sais surtout que j’ai des gènes qui pourraient favoriser le diabète. C’est une maladie familiale présente chez mon père et chez ma mère.



À quel moment avez-vous changé ? Est-ce lié à un événement particulier ?

J’ai voulu changer pour moi. J’ai voulu être plus féminine. J’avais envie de me voir belle, de me trouver belle. Un matin, en me levant, je me suis dit que leurs railleries et leurs moqueries ne me toucheraient plus. Ils m’appelaient « le monstre », « le sac ». Cela suffisait. Ce qui comptait, c’était ce que je voulais. À partir de là, j’ai porté des vêtements qui me plaisaient, dans lesquels je me sentais bien. J’étais au lycée, j’avais 16 ou 17 ans. C’était les années de seconde et de première.



Comment cela s’est-il traduit ?

A cette époque-là, j’ai corrigé mon aspect vestimentaire. J’étais plus coquette. Je me peignais les cheveux, ce que je ne faisais jamais auparavant. Puis, j’ai commencé à porter des jupes, des robes. Des vêtements dans lesquels, je me sentais bien, dans lesquels je me trouvais belle. C’est comme ça que les choses ont changé, petit à petit. Ensuite, j’ai décidé de faire un peu plus de sport. Je suis fière de moi quand je fais du sport. D’ailleurs, je suis fière de ressentir des courbatures. Comme j’aime être ponctuelle, j’ai décidé d’aller à l’école en vélo. J’avais entre quinze et trente minutes de trajet pour arriver chez ma grand-mère qui habite à cinq minutes à pied de mon école. Mais un jour, j’ai eu un accident : rupture des ligaments croisées. A ce moment-là, comme je n’avais plus d’activité physique à cause de ma blessure et comme je n’avais pas changé ma façon de manger, j’ai vu mon corps se transformer. Je n’aimais pas ça du tout. J’ai fait des séances de kiné. J’ai aussi décidé de modifier mon alimentation et d’inclure dans ma façon de vivre une dimension sportive plus importante.



En pratiquant quelles activités physiques par exemple ?

Cela dépend de l’humeur, mais il faut pratiquer plusieurs activités et surtout ne jamais aller à l’écœurement. J’aime la musculation, je n’aime pas du tout le cardio, mais comme c’est nécessaire, je pratique de temps en temps. Je fais de la gymnastique, du fitness. J’adore le surf, mais je suis encore une « A»… vous savez le A qu’on met à l’arrière des voitures.



Avez-eu reçu les conseils d’un médecin ?

Non, pas du tout, j’ai fait cela toute seule. Lors de l’opération que j’avais subie pour les ligaments, j’avais constaté que j’étais toujours dans la norme au niveau de l’IMC. J’étais toujours dans le vert, même si j’allais vers l’orange du surpoids. A ce moment-là aucune mesure médicale n’avait été prise pour moi au niveau de l’alimentation. Mais j’ai décidé de faire attention à moi par rapport au poids que je commençais à prendre et à l’image qui se reflétait en me regardant. Aujourd’hui, ce n’est pas parce que je suis plus mince que je suis plus belle. Je me sens bien comme ça, c’est tout.



Avez-vous été victime ce qu’on appelle aujourd’hui la grossophobie ?

Non, ce n’est pas le genre de problèmes sociaux que l’on rencontre en Polynésie parce que la plus grande des maladies, le plus grand des fléaux là-bas, c’est l’obésité et le surpoids. Un enfant sur trois en Polynésie est touché par cette maladie. La statistique est dramatique et très révélatrice des habitudes de consommation alimentaire. En Polynésie, on n’est pas pointé du doigt pour le surpoids.



C’est quoi des habitudes…

C’est mal ! C’est très sucré, très gras, très salé. Nous avons des food-trucks qui se positionnent devant les écoles. Avant d’aller à l’école, les enfants vont s’acheter des casse-croûtes, des glaces, des crêpes, des gaufres tôt le matin. C’est aberrant.



Selon vous, existe-t-il en Polynésie une prédisposition génétique à ce surpoids ?

C’est possible, je ne suis pas en mesure de me prononcer sur le sujet.



Y-a-t-il une prise de conscience du danger du surpoids et de l’obésité en Polynésie ?

Ça commence, mais c’est lent. Il faudrait que la prise de conscience soit plus percutante. Il y a des tendances qui commencent à apparaître comme des séances de workout. C’est du sport que l’on fait en groupe, à l’extérieur, avec du matériel qui a été installé pour favoriser l’activité physique.



L’obésité est-il un sujet que vous avez abordé lors d’autres interviews ?

Non, pas encore. Mais je suis très heureuse de pouvoir l’aborder avec vous. L’obésité, c’est un des sujets qui me préoccupe parce qu’il relève aussi de l’éducation. C’est à dire d’acquisition de valeurs et de compétences. L’éducation, quel que soit l’âge, c’est le savoir-être et le savoir-faire.