Quand la rééducation cardiaque de Martine déraille

C’est l’histoire de Martine. Elle habite en Bourgogne, après avoir longtemps travaillé à Paris. Âgée aujourd’hui de 57 ans, elle vit avec l’obésité depuis l’âge de 10 ans. Au plan santé, la vie ne l’a pas épargnée. Un cancer des ovaires en 2013, un infarctus à l’automne 2018… Martine qui pèse désormais 130 kg a souvent fait le yoyo entre les cures d’amaigrissement et les régimes. Elle se souvient qu’en 2004, elle a atteint 185 kg. Une histoire avec son corps qu’elle traîne parfois comme un boulet, y compris dans le milieu médical.
Le plus souvent bien reçue par le personnel hospitalier, elle garde toutefois une certaine amertume de sa dernière expérience.
« Après mon accident cardiaque d’octobre dernier, on m’a envoyé vers un médecin référent pour pratiquer de la rééducation cardiaque. Fin janvier, j’ai eu mon premier rendez-vous avec lui. Je suis montée sur le vélo en culotte et en soutien-gorge avec les électrodes sur le corps et j’ai fait le test d’effort. À la fin, le cardiologue m’a quasiment inspectée et m’a dit qu’il fallait que, dans mon état, je fasse une sleeve. Et cela sans même regarder mon dossier médical », s’étonne Martine. La réponse de la patiente fuse : « C’est n’est pas possible, après mon cancer et mon infarctus, il y aurait trop d’effets secondaires », riposte-t-elle.


Le remède pire que le mal

Martine entame sa réadaptation cardiaque à raisons de trois séances par semaine pendant cinq semaines. Nouvel accro dès le premier rendez-vous : aucun vélo n’est adapté. « Tant pis, faites des mouvements avec les bras ou faites du tapis » lui rétorque son médecin référent qui ne lui propose aucune autre alternative. Ni des conseils kiné, ni une approche diététique.
Pendant ce temps, les patients hommes, eux, pédalent sous le regard bienveillant du cardiologue… « J’en ai pleuré, il n’a jamais été gentil et compréhensif. En plus, le tapis ce n’était pas possible pour moi », se rappelle Martine qui s’efforce de faire, tant bien que mal, ses 42 minutes de mouvement à chaque séance. À l’heure du bilan et du compte-rendu, pas plus d’amabilité de la part du professionnel de santé. « A fait un peu de vélo avec les bras, doit faire de la marche à pied, du sport adapté, doit prendre en charge son obésité morbide. ». Et le cardiologue de rajouter oralement : « Si vous voulez dix ans d’espérance de vie en plus, je vous conseille de réfléchir à la sleeve ».
Pour Martine, le remède serait pire que le mal. Elle s’y refuse et enchaîne désormais les séances de gymnastique douce et d’assouplissement des membres inférieurs. Avec, dans la tête, le mauvais souvenir d’une rééducation cardiaque qui, faute de vélo adapté, a un beaucoup déraillé…