Alors que commence le « janvier sec » (le fameux Dry January importé du Royaume-Uni), cette initiative citoyenne n’a pas réussi à obtenir le soutien de l’État français. Mais la marque Coca-Cola a flairé le bon coup pour, paraît-il, « changer la vision de l’apéro ». Ou quand le business se moque de la santé...

Alors que commence le « janvier sec » (le fameux Dry January importé du Royaume-Uni), cette initiative citoyenne n’a pas réussi à obtenir le soutien de l’État français. Mais la marque Coca-Cola a flairé le bon coup pour, paraît-il, « changer la vision de l’apéro ». Ou quand le business se moque de la santé…

Si la nature a horreur du vide, Coca-Cola sait comment le combler. Au moment où déferle en France l’initiative du mois sans alcool, le fameux Dry January (Janvier sec) importé du Royaume Uni (aussi adepte du Binge drinking ou beuverie express), la marque américaine de soda tente un clin d’œil risqué et particulièrement mal venu.
Créée en 2013 par l’association britannique Alcohol Concern (devenue Alcohol Change), l’opération « janvier sec » vise le zéro alcool, elle ne l’impose pas. Perte de poids, amélioration du sommeil, bien-être, économies financières… autant de principaux bénéfices qui ont forgé le succès de l’opération anglo-saxonne. Elle a séduit 4 000 participants la première année et en a attiré 100 000 en 2018. Et cet engouement a traversé la Manche.
La première édition officielle made in France vient tout juste de commencer, avec son site web Dryjanuary.fr et sa page Facebook @DryJanuaryFR. De quoi trouver et recevoir de nombreuses recettes, trucs et astuces et autres conseils d’experts pour garder le cap de la sobriété.




L’État français refuse de soutenir le « janvier sec »

Si plusieurs dizaines d’organismes et d’associations sont partenaires de l’opération, l’Etat fait figure de grand absent. L’été dernier, nombreux étaient ceux qui s’attendaient à ce que Santé publique France se lance dans ce défi. Cette agence nationale sous tutelle du ministère de la Santé, qui avait lancé le mois sans tabac en 2016 et venait de publier de nouveaux repères de consommation d’alcool, n’a finalement pas donné suite…
En revanche, au mépris de tous les conseils de modération de consommation des boissons sucrées, Coca-Cola s’est engouffré dans la brèche. Mieux : il profite de l’occasion pour faire la pub de ses sodas, proposant différentes recettes de « mocktails », ces cocktails sans alcool. Sa campagne #Surviving January (« survivre à janvier »), s’affiche partout en France avec ce slogan particulièrement culotté : « Changer votre vision de l’apéro, relever le défi du 1er au 31 janvier ». En clair, buvez du Coca pour survivre. On croit rêver.



Coca contourne les repères de l’Anses

Au plan stratégique, Coca tente de regagner du terrain. Notamment face aux repères de consommation qui défavorisent les boissons sucrées face à l’alcool. En effet, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande au maximum un verre de soda (ou jus de fruit par jour), soit au maximum 7 par semaine, contre au maximum 10 verres d’alcool par semaine. En inventant le #Surviving January, Coca Cola se paie une publicité comparative au détriment de la santé des consommateurs. Fallait oser. C’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité.