Une publication signalée par Facebook reprend un vieil article de 2009 dénonçant un lien entre la consommation de yaourt et l'obésité. Pourtant, aucune étude scientifique ne l'établit.

Le service CheckNews du journal Libération a enquêté

Une publication signalée par Facebook reprend un vieil article de 2009 dénonçant un lien entre la consommation de yaourt et l’obésité. Pourtant, aucune étude scientifique ne l’établit. Une publication récente sur Facebook reprend un vieux texte datant de dix ans et intitulé « Devenez XXL avec des yaourts ». Le message porte une accusation forte. Selon ce texte du chercheur français Didier Raoult paru dans la revue scientifique Nature de septembre 2009 « les yaourts et autres boissons lactées farcis aux probiotiques […] auraient une grosse part de responsabilité dans l’épidémie d’obésité qui frappe les enfants ». Pour conforter cette thèse, Didier Raoult s’appuie sur l’une de ses expériences avec des poussins qui auraient pris des probiotiques et seraient « devenus monstrueux ». Cette étude publiée en 2007 dans le journal « Science britannique de la volaille » démontre en effet que les poussins sous probiotiques gagnent en poids global mais « les poulets ne deviennent ni plus gros ni plus gras », commente le Centre de recherche et d’informations nutritionnelles.



Moins affirmatif…

Pour le Centre de recherche, l’étude « conclut que l’ingestion d’une seule dose de certains lactobacilles augmenterait et accélérerait considérablement la croissance de poussins ». Il n’y a donc pas une démonstration de la hausse de la masse graisseuse donc. De plus, un effet sur le poulet n’est pas automatiquement généralisable à l’homme. Alors les probiotiques des yaourts sont-ils responsables de l’obésité ? CheckNews (association entre Libération et Facebook pour lutter contre les fake news) a posé la question à Didier Raoult. Selon ChechNews, le chercheur français est moins affirmatif que ce que l’on veut bien lui faire dire : « Formuler comme ça, non. Certains probiotiques sont utilisés comme promoteurs de croissance dans l’élevage. Je dis juste qu’il est nécessaire d’évaluer si ceux utilisés dans les yaourts peuvent être inducteurs de l’obésité. »



Une étude sur 38 000 adultes

Didier Raoult a continué à explorer son hypothèse, mais ses travaux ne convainquent pas l’association scientifique internationale sur les probiotiques et les prébiotiques. En fait, de nombreux éléments notent plutôt des effets positifs des probiotiques. Ainsi, une étude suivant 38 000 adultes entre 1999 et 2014 conclut plutôt que les personnes mangeant des yaourts présentent tendanciellement moins d’obésité et d’hypertension. Par ailleurs, si la recherche de causes statistiques de l’obésité est intéressante, elle ne s’applique pas nécessairement à tous les patients. « On sait que l’obésité est souvent liée à une baisse de diversité au sein du microbiote intestinal, explique Karine Clément, professeur de nutrition à la Pitié-Salpêtrière. Mais il existe de grandes différences entre les personnes. Il faut toujours prendre en compte les spécificités de l’individu. »

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