Chirurgien viscéral et digestif à Rouen, le docteur Foulatier vient de prendre la présidence de la Région Normandie. Il évoque sa trajectoire, ses expériences et explique les raisons de son engagement au sein de la Ligue contre l'obésité.

Chirurgien viscéral et digestif à Rouen, le docteur Olivier Foulatier vient de prendre la présidence régionale de la Ligue en Normandie. Il évoque sa trajectoire, ses expériences et explique les raisons de son engagement au sein de la Ligue contre l’obésité. Paroles franches.


Comment vous êtes-vous intéressé à l’obésité ?

C’était lors de mon internat pendant cinq ans à Rouen. Cette période a coïncidé en France avec l’essor de la coelioscopie. Cette magie de l’image m’a amené vers la chirurgie digestive. J’ai travaillé au sein d’un service très dynamique, très ouvert où la chirurgie de l’obésité s’est d’ailleurs implantée dés 1984 sous l’impulsion du professeur Paul Ténière. J’ai ensuite passer ma thèse en 2000 sur « les 77 anneaux gastriques qui ont été mis en place au CHU de Rouen ».
À cette occasion, j’ai eu les 77 patients au téléphone, assez longuement, et j’ai constaté que le parcours en place à cette époque-là dans notre service était relativement lacunaire sous certains aspects. Notamment l’accompagnent en pré-opératoire et en post opératoire de ces patients qui, s’ils disaient être satisfaits de la chirurgie, étaient globalement en demande d’aller beaucoup plus loin sur les aspects péri-opératoires.




Vous vous êtes alors tourné vers la chirurgie bariatrique…

Tout à fait. Je suis devenu libéral en 2007. Durant la période 1990-2000, on posait des anneaux et la chirurgie bariatrique avait encore peu d’ampleur. J’ai organisé plusieurs réunions à l’échelon régional sur le sujet. Je me suis aperçu que dés lors où on a de l’intérêt pour cette pathologie et qu’on apporte un regard humanisé à des patients discriminés, la liste de la patientèle s’allonge. Du coup, j’ai concentré mon travail sur la chirurgie bariatrique.




Avez-vous vu votre patientèle évoluer dans votre cabinet ?

C’est compliqué pour moi de répondre à cette question, car pour les chirurgiens bariatriques, il existe ce qu’on appelle la sociabilité. Plus on côtoie des personnes obèses, moins on les voit comme des obèses et plus comme des personnes. La proportion de personnes obèses que je rencontre est importante, mais comme je vois aussi un grand nombre de personnes opérées, je rencontre des gens minces. Dans mon cabinet, j’accueille des patients qui ont un problème d’obésité. Certains le sont, d’autres ne le sont plus. Mon regard est-il sans doute plus tolérant que la moyenne de la population.




Pourquoi votre engagement au sein de la Ligue contre l’obésité ?

Il est lié à mon histoire personnelle qui m’a toujours conduit à m’intéresser aux liens sociaux, aux liens inter humains, à l’observation des autres. J’ai aussi été sensibilisé à la question des discriminations sous diverses formes. Ce que je ne percevais pas à l’hôpital, je l’ai fortement ressenti lorsque je me suis installé en clinique privée. J’ai été confronté aux regards de certaines générations de collègues extrêmement indélicats vis-à-vis des personnes obèses. J’ai souvent constaté l’absence de bienveillance pour ces patients. Y compris dans ma propre maison, il y a un travail énorme à mener pour changer le regard des soignants sur la personne obèse. Les témoignages des patients vont également dans ce sens.
Aujourd’hui, nous avons entre 1 300 et 1 400 patients et c’est autant d’histoires personnelles touchantes qui montrent ce que ces personnes endurent. Beaucoup d’études le confirment : nous devons travailler à l’échelon public et à l’échelon régional pour apprendre à la population et à un certain nombre de corps professionnels à changer de regard sur les personnes obèses.




La grossophobie médicale n’est donc pas une simple vue de l’esprit ?

Je trouve qu’elle est parfois violente et cela est contraire aux valeurs du serment d’Hippocrate. Par ignorance, beaucoup de médecins pensent que l’obésité n’est pas une maladie. Ils ne voient pas la nécessité d’en faire le diagnostic, de proposer des traitements et d’accueillir des patients avec la même bienveillance qu’un patient porteur de n’importe quelle autre maladie. On ne peut nier que la grossophobie médicale existe. Elle est portée par des clichés, par sectarisme, par élitisme aussi et par des jugements que ne je partage pas. Et qui me choquent très fréquemment.




La Ligue contre l’obésité, qui dénonce la simple équation « Manger moins bouger plus », s’attaque aux vrais causes de l’obésité comme la génétique, l’environnement, le microbiote, etc. Etes-vous sur la même longueur d’ondes ?

Pleinement. En consultation, je demande à mes patients de mesurer leur moyenne d’activité physique quotidienne à l’aide d’un podomètre. Pour une très grande majorité des patients, l’évaluation fait apparaître plus de 5 000 ou 6 000 pas par jour, c’est-à-dire autant que la moyenne recommandée. C’est la démonstration qui permet de déconstruire ce mythe total qui veut faire croire que la personne obèse est quelqu’un de fainéant, oisif, assis dans son canapé et passe son temps à manger. Pour les patients, ce regard est extrêmement précieux. Il bat en brèche les clichés portés sur eux.