Après l'obésité, comment se reconstruire ?

Perdre 50 kilos ne suffit pas pour se sentir mince. Après une opération, il est nécessaire d’entreprendre un travail de reconstruction physique et psychologique. Une épreuve… à lire dans le magazine Version Femina. Extraits.

« Je croyais que tout allait être résolu, que c’était un nouveau départ, mais les deux années qui ont suivi furent les plus éprouvantes de ma vie.» Virginie, dite « Navie », trentenaire enjouée, dynamique et jusqu’alors obèse, a perdu 55 kilos en 2016, puis subi une abdominoplastie.
Cette opération corrige des effets physiques délétères comme l’accumulation d’amas de peau et l’affaiblissement des muscles au niveau du ventre. Mais les séquelles d’un tel amincissement sont également psychologiques. « J’ai réalisé que prendre autant de poids avait été une façon de mettre mes problèmes sous le tapis. J’avais enfin soulevé le tapis, et tout est remonté brutalement à la surface. » C’était d’autant plus difficile qu’elle se sentait plus fragile qu’avant. « L’obésité avait certes mis ma santé en danger, mais elle avait aussi été une barrière contre mes angoisses. »
Enfin mince, mais au bord du gouffre après une brève période d’euphorie, elle passe deux ans en thérapie. C’est aussi à cette époque qu’elle entreprend de raconter son histoire dans le roman graphique Moi en double, publié en avril 2019 (cliquez ici). « Au départ, ça devait être le récit de ma perte de poids en tant que personne obèse, mais c’est rapidement devenu un témoignage sur l’acceptation de soi avant et après. »

« Cette autre femme dans le miroir, c’était moi !»

En France, environ 17 % des adultes souffrent d’obésité, un chiffre en constante augmentation depuis les années 80. Selon l’Inspection générale des affaires sociales (Situation de la chirurgie de l’obésité en France, rapport de l’IGAS, janvier 2018) le nombre d’interventions chirurgicales a triplé en dix ans pour s’établir à 50 000 par an en moyenne. En dépit de bénéfices avérés pour la santé, cette chirurgie induit des « risques d’ordre psychique » difficiles à évaluer, alertent les experts.
Certains patients constatent que les problèmes qu’ils attribuaient à leur obésité ne se résolvent pas, ce qui peut du même coup les aggraver. Des complications apparaissent aussi lorsque le patient n’arrive pas à composer avec son nouveau corps. « Un jour, se souvient Navie, j’ai cru voir une femme face à moi dans un magasin. Il m’a fallu quelques secondes pour comprendre que c’était mon reflet dans un miroir. Cette autre, c’était moi ! » (…)
Selon la psychologue et nutritionniste Déborah Tholliez, « l’obésité a une forte composante identitaire. Quand on s’est construit ou que l’on a longtemps été perçu comme tel, devenir mince est un bouleversement trop souvent pris à la légère ». A défaut d’être dans la norme, beaucoup de personnes obèses en font quatre fois plus que la moyenne pour être aimées et acceptées : en étant toujours partantes, dynamiques, drôles…

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